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Réduire ses déchets en vivant un quotidien sain et écologique

En 2014, Aline Gubri décide de changer sa manière de consommer pour réduire son impact sur l’environnement. Un but : en finir avec les déchets qui représentent 324,5 millions de tonnes par an en France* ! Consciente du changement radical, Aline se donne un an et procède étape par étape. Un seul mot d’ordre : pas de pression ! Elle créé en 2015 le blog Consommons sainement pour partager son expérience, ses trucs et astuces mais surtout pour démontrer qu’il est possible – tout comme elle – de ne produire que 500 g de déchet par an. Rencontre avec une jeune avant-gardiste.

Qu’est-ce qui vous a amené à vous inscrire dans cette démarche ?
A 18 ans, quand j’ai pris mon indépendance ; comme tout le monde j’ai été tentée par la consommation facile dans les supermarchés. Un jour sur internet, je suis tombée sur un article parlant de la démarche Zéro déchet d’une New-Yorkaise. Là j’ai pris conscience de la différence entre mes valeurs – je me considérais comme écologique car j’achetais des produits labellisés et pensais ne pas pouvoir faire plus ; et les vraies actions : ma poubelle de 30 litres qui une fois collectée, ne disparaissait pas. J’ai donc commencé à m’informer sur le cycle des déchets notamment en amont de la consommation – lors de la fabrication des produits à usage unique qu’on jette après – alors qu’il a fallu dépenser beaucoup d’énergie, de ressources naturelles pour les produire. Au début j’étais plutôt sceptique sur le Zéro déchet, je pensais que la femme de l’article ne devait pas avoir de vie et maintenant je me bats contre ces clichés ! Le but pour moi n’était pas de faire comme elle, du 100 % zéro déchet mais de les réduire à mon échelle et à mon rythme. J’ai commencé par composter, recycler… et puis d’action en action, je ne me suis jamais arrêtée. Je m’étais fixée comme limite celle de la contrainte ou du blocage dans ma vie quotidienne mais ça n’est jamais arrivé à l’exception des voyages durant lesquels il est très compliqué de faire du Zéro déchet. Ce n’est pas grave, je ne le fais pas.
Aujourd’hui, j’ai atteint le quasi Zéro déchet : 500 g par an. Le but n’est pas d’en arriver là car plusieurs facteurs entrent en jeu : ce qui est recyclable ou non, le fait d’avoir des enfants, son lieu de résidence car on ne trouve pas des rayons vrac partout ou de quoi composter…  Pour moi, le Zéro déchet ne devrait pas être une raison de se mettre la pression. En fait, je me suis éclatée dans cette démarche en testant mes recettes de cosmétiques, mes produits ménagers… Et j’ai été surprise par 2 choses : la 1ère j’ai fait des économies alors que je m’attendais au contraire, pensant comme tout le monde que tout ce qui est écologique est plus cher.  A la fin de mon année de transition, j’ai constaté que j’avais économisé 30 % sur mes dépenses quotidiennes. Je fabriquais mes cosmétiques avec des produits ultra sains, pas chers et j’achetais d’occasion vêtements, vaisselle et meubles ce qui revenait au minimum 2 fois moins cher. J’ai investi dans des objets qui ne sont pas jetables donc un 1erachat un peu plus cher mais qui dure dans le temps comme un rasoir en inox. Je me bats pour faire valoir cet argument économique car cela bloque beaucoup de gens. Le 2èmeconstat surprenant c’est que je faisais tout cela pour l’environnement mais aussi pour moi-même, pour ma santé.  En consommant moins de plastique, de cosmétiques industrielles, de produits ménagers… je m’exposais moins à tous les perturbateurs endocriniens et les substances qu’on n’a pas très envie d’avoir dans son quotidien.

Votre blog s’appelle « Consommons sainement », pensez-vous que le changement passe par le fait d’apprendre à consommer différemment ?
Il y a 2 notions en termes de consommation. Celle économique : nous consommons tous car nous sommes obligés de nous nourrir, de nous vêtir… et il y a celle un peu plus péjorative car liée à la mode. Je veux prouver qu’il n’est pas nécessaire de renoncer à sa vie sociale, ses habitudes vestimentaires et ses loisirs mais juste acheter différemment. Il est tout à fait possible de changer de dressing tous les 2 mois – en achetant d’occasion et en redonnant à Emmaüs par exemple donc beaucoup moins d’impacts environnementaux et surtout sociaux. Cela permet notamment de ne pas encourager des pratiques comme le travail des enfants à l’étranger. Je continue à acheter des produits de marque mais sur le Bon Coin, je n’ai donc pas les problématiques que l’achat neuf engendre.  On peut se créer ainsi une autre relation à la consommation en étant conscient des impacts environnementaux et sociaux des produits de notre quotidien dont nous sommes responsables. La transition peut faire peur car elle implique des changements c’est pour cela que j’insiste sur le fait d’y aller étape par étape et dans le temps.

Comment s’est déroulée votre année de transition ?
J’ai passé un an à changer mes habitudes petit à petit. J’avais encore des produits cosmétiques, ménagers… à finir, à chaque fois qu’un tube était vide j’essayais la version « fait maison ». Il a fallu trouver des magasins près de chez moi où je pouvais acheter en vrac, apporter mes boîtes… La transition doit se faire lentement et à son rythme pour que cela devienne des habitudes suffisamment ancrées auxquelles on a plus besoin de penser. Pour moi, ce n’est pas un effort au quotidien au contraire c’est la fameuse formule « consommer moins mais mieux ». Mes placards de salle de bain ne contiennent plus que 5 produits différents : bruts, simples et pas chers. Par exemple, le beurre de karité que j’utilise aussi bien comme baume à lèvres, crème pour les mains ou encore masque pour les cheveux. Ça simplifie la vie.

Si je souhaite m’engager dans cette démarche demain, par quoi devrais-je commencer ?
Les emballages alimentaires surtout en plastique, on en achète souvent et ça fait beaucoup de déchets. Arrêter d’acheter des fruits en barquette mais en vrac dans des petits sachets en tissu lavable : cette petite habitude peut réduire d’au moins 20 % votre poubelle car les emballages représentent environ ¼ des ordures ménagères. Pour le côté sanitaire aussi, car pour les aliments gras en contact prolongé avec le plastique il y a risque de migration de substances pouvant être toxiques, c’est également le cas pour les aliments acides avec l’aluminium dans des canettes par exemple. Pour moi, la priorité c’est la cuisine. Ensuite, les produits ménagers très néfastes et toxiques pour l’environnement mais aussi pour nous-mêmes en cas d’inhalation ou de contact comme des enfants qui touchent une table tout juste nettoyée et mettent les mains à la bouche.
Réduire ses déchets c’est très bien mais il faut compléter cette initiative par d’autres démarches. Acheter une eau de javel en vrac ou un avocat sans emballage plastique mais venant du bout du monde, ce ne serait pas vraiment logique ! J’ai d’abord commencé ma démarche par la réduction de mes déchets et j’ai poursuivi en achetant au maximum en local en tout cas en provenance de France ou au moins d’Europe. Les économies faites m’ont permis de manger totalement bio même lorsque j’étais étudiante avec un budget restreint. J’ai aussi réduit ma consommation de viande car cela a également de forts impacts environnementaux. Le but est de trouver les trucs et astuces qui nous plaisent : certaines personnes n’apprécient pas de faire leur propre cosmétique par exemple mais il existe d’autres alternatives comme des produits naturels fabriqués en France. Il faut trouver ce qui nous plaît et respecte notre quotidien.

Pourquoi avoir ouvert le blog « Consommons sainement » ?
A la fin de mon année de transition, j’avais enfin – après plusieurs tests – trouvé les astuces et recettes qui me convenaient et fonctionnaient. J’ai simplifié beaucoup de choses car le but pour moi était de consommer moins et donc d’aller à l’essentiel. J’ai constaté que réduire ses impacts environnementaux peut être 100 fois plus simple que ce qu’on pense, j’avais donc envie de partager mon expérience et tout ce que j’avais mis au point durant cette année. En plus en 2015, il n’y avait pas beaucoup de blogs sur le sujet contrairement à aujourd’hui, ce qui est une bonne chose. Je me souviens avoir passé des heures à chercher des conseils sur internet. Au début, comme tout blog, les choses ont mis du temps et puis ça a explosé : il y a des milliers de vues chaque jour et nous sommes 45 000 sur le compte Facebook.

Sur votre blog vous parlez des pièges tendus par le marketing pour mettre en avant des produits soi-disant sains, ça se traduit par quoi ?
Ce marketing faussement vert est très commun dans les cosmétiques, ce qui m’énerve au plus haut point car au-delà des préoccupations environnementales c’est avec notre santé qu’on joue. Au début de ma transition, j’ai fait plein de recherches sur internet, j’ai appris à décrypter la liste des ingrédients des cosmétiques. J’étais de plus en plus choquée par ce que contiennent nos produits du quotidien. Certaines marques de grande consommation nous mettent une jolie tranche de citron sur le produit avec marqué « extrait naturel de citron » alors oui, il contient 0,01 % de citron mais la majorité de la composition est faite de dérivé de pétrole, de plastique que l’on s’applique directement sur la peau. Etant un organe qui absorbe énormément certaines substances peuvent finir dans notre sang et à long terme ça peut être toxique. Sur mon blog, je mets à disposition des guides ultra simples, accessibles pour apprendre à repérer ce marketing trompeur. Par exemple « bio » ne veut pas dire naturel, c’est souvent utilisé un peu pour tout. Le biologique fait référence à un vrai cahier des charges strict, une réglementation européenne pour l’agriculture qui contient des critères sur l’environnement comme l’utilisation de pesticides, de l’eau… Comme beaucoup de labels, il est imparfait car par exemple il n’y a pas de restriction sur le fait que la production soit locale ou non, les suremballages, les conditions de travail… Mais la certification bio est tout de même un énorme pas, avec de nombreuses garanties. C’est à nous, si nous en avons la possibilité de consommer local via les AMAP ou les coopératives Biocoop.

 

Pourquoi avoir également écrit un livre ?
Également l’envie de partager mais différemment sur un autre support. Contrairement au blog où il y a 150 articles et donc beaucoup d’informations ; j’ai pensé ce livre comme un guide pratique qui couvre tous les domaines de la vie. Il donne une vision globale de la démarche et on peut y piocher ce qu’on veut suivant ses besoins. C’était important pour moi de faire une introduction pour expliquer le pourquoi avant de se jeter dans le comment. L’avantage du support c’est de pouvoir le partager. Encore une fois, je voulais prouver la simplicité, les économies, les bienfaits sur sa santé de cette démarche et surtout qu’on n’a pas besoin de changer de vie pour passer à tout ça. Et puis un livre permet aussi de toucher un autre public, je trouve qu’avec le blog ils sont complémentaires.

Quels sont vos projets ?
Il y a quelques mois, je me suis lancée dans les conférences pour les collectivités territoriales et entreprises. J’interviens notamment dans plusieurs villes de France à l’occasion de la SERD – Semaine Européenne des Réductions des Déchets. Je vais partager mon expérience et mes astuces sur le Zéro déchet. J’aime être au contact du public et les conférences permettent de toucher plus de monde. Je souhaite également intervenir en entreprises car elles sont aussi sources de nombreux impacts environnementaux. Pour moi, il faut à la fois travailler auprès des consommateurs mais aussi des entreprises : nous pouvons changer l’offre par la demande et aussi inversement.

Blog : consommonssainement.com
Livre « Zéro plastique zéro toxique » paru le 30 novembre 2017 chez Thierry Souccar Editions

*en 2015. Extrait de « Déchets Chiffres clés 2017 » publié par l’ADEME

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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